Le « Diable de Bessans » est une institution en Haute-Maurienne.
Au-delà d’être une légende et un « folklore » local, il s’agit plus d’une tradition séculaire, qui donne une délicieuse saveur à nos temps anciens.
Les bessanais (habitants de Bessans) ont de tout temps travaillé le bois à l'aide de simples couteaux ou poinçons, créant à la fois des objets usuels comme des rouets et quenouilles, des poules à sel, des jouets en bois mais aussi des statuettes religieuses. Ces objets étaient créés lors de la vie en alpage ou le soir au coin du feu. Le tout était inspiré de la tradition baroque si vivaces en ces lieux et de l'art alpin.
C’est à Etienne Vincendet, sculpteur sur bois, surnommé « Etienne des Saints » car il travaillait essentiellement dans les églises, que Bessans doit son premier diable.
Cette diabolique représentation remonte à l'année 1857.
Toute cette histoire débuta par une violente dispute entre le curé du village et Etienne Vincendet.
Les chantres de Bessans, dont il faisait partie, se voient alors refuser par le curé leur repas annuel.
Sacristain de la paroisse, Etienne est fâché contre le curé. Pour se venger de celui-ci, il eut l’idée de sculpter un horrible diable grimaçant emportant sous son bras un curé.
Son travail terminé, il alla le déposer sur la fenêtre du presbytère. Le prêtre découvrit la statuette et se douta bien d’où provenait cette plaisanterie. Le matin suivant, ce dernier ramena le diable sur la fenêtre du sacristain. Le petit manège dura plusieurs jours entre les deux maisons, avant qu’un étranger de passage dans la vallée n’aperçoive l’étonnant personnage et ne l’achète (assez cher d’ailleurs pour qu’Etienne « des Saints » ne décide de changer de registre et de sculpter des diables plutôt que des anges !).
A la mort d’Etienne, son fils Pierre François va faire perdurer la tradition.
Des générations de sculpteurs de diables se sont ensuite succédées, chacun apportant son style et depuis cette époque, il y a toujours dans le village un sculpteur pour perpétuer la tradition.
Mi-homme mi-bête, le diable de Bessans est le plus souvent représenté avec sa fourche ou son gourdin dans une main et un petit curé dans l’autre. Le haut de son corps est celui d’un homme portant des ailes de chauve-souris, il est couvert de poils peints et souvent orné de couleurs vives. Son air est terrifiant et son visage grimaçant, sa tête est surmontée de quatre cornes.
Mais vous le savez, le diable n’est pas né avec ces deux paires de cornes.
Il a hérité de la seconde paire après un tour de passe-passe d’un Bessanais avec lequel il avait passé un pacte.
Le diable est devenu une institution à Bessans et il trône même sur la place de la mairie.
Bessans est aujourd’hui reconnu village d'une extrême richesse tant en terme d'art populaire que d'art religieux.
Vous retrouverez aussi un démon griffu qui déploie ses ailes de chauve-souris sur les fresques de la chapelle Saint-Antoine à Bessans.
Pour les amateurs de légendes traditionnelles et populaires, voici celle qui donna au Diable de Bessans ses 4 cornes.
La légende du diable à quatre cornes
Il y a bien longtemps, Joseph, un petit entrepreneur bessannais,
s'était vu confier la construction d'un pont de pierre reliant deux ouvrages fortifiés:
la Redoute Marie-Thérèse et le Fort Victor-Emmanuel.
Les travaux n'avançaient pas vite et pourtant l'hiver arrivait.
Le malheureux bessannais se lamentait et, pour comble de tous ses tourments, deux jours avant la date de livraison du pont, ses ouvriers le quittèrent.
Ce coup-là était trop dur pour lui, jamais il ne pourrait terminer seul le pont et s'il ne remplissait pas son contrat, c'était l’emprisonnement dans l'un des deux forts ou pire encore, la déportation en Piémont.
"Que vais-je devenir, se lamentait-il, ce pont sera ma mort si je ne le termine pas avant demain.
Dieu sait si je reverrai ma femme et mon doux village de Bessans ?
Que dis-je Dieu ? Seul le Diable peut me venir en aide..."
Arrivant par la route de Modane, un homme de haute taille, coiffé d'un chapeau à larges bords, comme on en voyait dans la région, s'approcha de Joseph.
- Qu'as-tu l'ami à te lamenter ainsi ?
- Ne m'en parlez pas, Etranger, je dois finir ce pont avant demain, le travail n'avance pas et tous mes ouvriers m'ont quitté.
- Ce n'est pas bien grave, cela peut encore s'arranger.
- Mais je n'y arriverai jamais et on me jettera en prison.
- Tu as appelé le Diable à ton secours, eh bien, il m'envoie t'aider.
Tu veux éviter la prison, alors signe-moi ce papier et ton pont sera construit demain à l'heure dite
et toi tu pourras retourner à Bessans avec tous les honneurs et les écus qu'on te donnera.
Joseph, l'entrepreneur, n'était pas rassuré.
Mais d'aller en prison à Turin ne l'enchantait pas.
Après avoir réfléchi, il dit à l'envoyé de Satan :
- D'accord, je signe, mais cela me semble trop beau ! Que me demandes-tu en échange ?
- Voilà, demain, le pont sera fait, mais à une seule condition, la première personne qui passera sur le pont, appartiendra à mon maître.
Joseph était affolé, il ne pouvait faire une chose pareille !
Mais la peur de moisir en prison avec les rats fut la plus forte, et... il signa...
Revenu à Bessans, sa femme lui trouva un air tourmenté et à force de questions, elle finit par savoir toute l'histoire.*
- Ne t'en fais pas, Joseph, on trouvera bien un moyen d'empêcher le Diable de faire cette sinistre besogne...
Et le lendemain matin, quand Joseph et sa femme arrivèrent près des forts, ils eurent la surprise de voir un magnifique pont tout en belles pierres de taille, qui enjambait l'Arc de plus de cent mètres au-dessus de l'eau.
Mais quand ils regardèrent à l'autre bout du pont, ils virent avec frayeur une bête monstrueuse,
la bouche grande ouverte sur des dents horriblement longues, avec sur la tête une crinière de lion d'où sortaient deux grandes cornes pointues, c'était le Diable !...
Il attendait la première personne passant sur le pont.
- Mon Dieu ! Marie !... Le bonhomme n'avait pas menti ; le pont est là, mais le Diable aussi ! Qu'allons-nous faire, mon Dieu ? Qu'allons-nous faire ?...
Déjà, venant de Modane, toute une troupe de soldats approchait ; ils devaient se rendre au fort en passant par le pont. A leur tête venait un petit tambour, un gamin de 12 ans, tout fier d'avoir été choisi pour passer le premier.
- Ce malheureux gosse ! C'est lui qui va être la victime, pleurait Joseph... Ce n'est pas possible !...
C'est alors que Marie aperçut à quelques pas de là, un troupeau de chèvres, broutant entre les rochers, et au milieu de ce troupeau: un bouc !
Mais pas un petit bouc de rien du tout. Non !
Un grand bouc noir, aux sabots luisants et aux cornes redoutables.
Marie eut une idée: ramassant un bâton qui traînait sur le chemin, elle écarta les chèvres et arrivant derrière le bouc, elle lui donna un tel coup que celui-ci partit comme une flèche en direction du pont.
Le bouc stoppa net avant de traverser... De l'autre côté, il avait vu la bête !...
- Un autre bouc, se dit-il, en apercevant les deux cornes du monstre ; il veut prendre mes chèvres !...
II se rua si fort sur le Diable, qu'il en traversa la tête avec ses deux cornes et celles-ci restèrent plantées sur le crâne du monstre.
Plus jamais on ne vit le Diable dans la région, mais c'est depuis ce jour, qu'à Bessans, il porte quatre cornes...
Bien des années se sont écoulées depuis cette histoire, le beau pont de pierre s'est depuis longtemps écroulé, il fut remplacé par une passerelle de fer.
Mais cette passerelle s'appelle toujours : " Le Pont du Diable".
Histoire racontée par Lucien Personnaz "de Damien", doyen de Bessans.
Recueillie et adaptée par Maxime Gautier, maire de Bessans (de 1971 à 1977) et par Georges Personnaz, animateur de la station et que vous pouvez retrouver à cette adresse :
*Il avoue alors à sa femme la terrible réalité. Elle de dire : - Que lui as-tu promis ? - La première créature qui passera sur le pont. - Malheureux, tu vois : l'armée s'avance ; au-devant il y a un garçonnet qui joue du tambour, un enfant ! Mais c'est bien une créature que tu as lui promis ? - Oui. répond-il enfin !
Elle va alors chercher son chat noir. Elle saisit un bâton, tape sur le dos du chat qui fait un bond prodigieux, arrive près du diable et le griffe profondément. Le diable a été joué. Il part dans un grand fracas dont l'écho se propage dans toute la vallée. Morale : à Bessans, les femmes sont plus rusées que les hommes, et même plus rusées que le diable.
Les clavettes sont de petites pièces travaillées qui maintiennent les sangles de cuir (retenant la cloche) au collier de bois. Elles sont positionnées de part et d’autre du collier, sur les faces extérieures : elles sont donc toujours en paires.
Techniquement parlant, les clavettes sont donc des fermoirs.
Les clavettes de sonnaille sont en bois de buis, en os ou en corne de bouc.
Puisque l’on est dans la technique, voici deux termes afférents aux sonnailles :
- les « curailles », ce sont les sangles de cuir retenant la cloche au collier de bois et passant sous la gorge de l’animal.
- le « chambis », « Tchambis » ou « coulas » c’est un type de collier en bois de cytise, qui se reconnait à sa forme de lyre. Celle-ci est spécifique à un usage de montagne : les brebis ne l'accrochent aux buissons et ne sont pas ennuyées par son port sur une pente raide.
Les clavettes sont des pièces aujourd’hui très collectionnées.
Elles furent fabriquées en abondance dans le Sud du Dauphiné et plus largement dans la vallée du Rhône.
La clavette est en forme de clou dans le Languedoc et de corne enroulée en Provence.
Ces objets, pour celles en forme de corne enroulée, ont été richement enjolivés par leur propriétaire, au moyen d’un couteau ou d’un poinçon, objets facilement transportables lors des transhumances.
Réalisée durant leur temps libre, la fabrication des clavettes (et des colliers) a été un « loisir créatif » privilégié parmi les nombreux autres travaux hivernaux et furent sans doute sujet d’émulation entre bergers car c’était pour eux une façon de mettre en valeur leur savoir-faire et leur imaginaire et peut être certainement leur situation sociale.
Au-delà de tout cela, ces pièces témoignent de l'attachement de l'homme à son troupeau.
Leurs sculptures que l’on peut y admirer sont souvent en réserve.
Les décors sont riches car souvent très différents mais toujours identiques sur la paire : géométriques pour beaucoup, végétalisant, en forme de fleurs, d’étoiles, pyrogravés, la plupart portent gravés les initiales du propriétaire de l’animal. A ces simples formes géométriques, se substituent parfois des scènes historiques, faisant référence à l’actualité de l’époque, rappelant que la société rurale des siècles passés était loin de vivre repliée sur elle-même.
Il existe un rare modèle de clavettes sur lesquelles sont figurés des visages. (Voir visuel ci-dessous)
Les mêmes motifs ornementaux se retrouvent sur l’ensemble du pourtour méditerranéen et sur les chemins de la transhumance, jusque dans le Queyras, par exemple où les bêtes montaient pâturer en été.
Outre leur fonction utilitaire, ces objets revêtent également une dimension décorative, et parfois même symbolique. Ce sont de superbes objets d’Art Populaire.
Les sonnailles :
Quand on ne voit pas un troupeau, on l'entend !
La « sonnaille » désigne un ensemble complet comportant la cloche, le battant, le collier et clavettes.
L’ensemble était soit acheté complet à la Foire du Regret d’Arles, soit acheté en « pièces détachées », les bergers réalisant eux-mêmes les colliers en bois et les clavettes.
Le son des sonnailles rythme la vie du troupeau : les agneaux naissent au milieu des tintements et ils suivront leur mère au bruit de sa sonnaille. C'est d’ailleurs pour cela que l'on « ensonnaille » surtout les femelles. En fait, chaque animal porte une cloche différente en fonction de son âge et de son sexe.
La sonnaille est l’attribut emblématique des troupeaux lors de la transhumance.
La musique de ces différentes cloches est souvent agréable, cependant elle est en réalité plus utile que jolie.
Lorsque le brouillard envahit les pentes et dissimulent tout à la vue, quand le bétail est dans les bois, le berger sait précisément si toutes ses bêtes sont là, car il a pris soin d’harmoniser la sonorité des cloches de son troupeau.
Le tintement permanent lui permet de connaître la position de ses bêtes dans l'alpage ou dans la prairie et lui permet de les identifier sans même les voir.
Dans le brouillard, il est capable d'interpréter la direction que prend son troupeau en fonction des tonalités émises par le battement des diverses formes de sonnailles.
Il existe différents types de cloches et de colliers, selon les terrains et les animaux (vaches, chiens, brebis ou chèvres, …).
Le terme « sonnaille » (ou « toupin ») s'applique aussi aux cloches qui sont forgées ou formées à l'aide de plaques soudées ou encore faites de tôles en fer rivetées ou alors réalisées dans une plaque métallique emboutie puis étamée de cuivre. Ces cloches légères sont de forme trapézoïdales, cylindriques ou en forme de coupe.
Les « redons » (ou redoun), cloches de grande taille et de forme pansue, sont surtout fixés au cou des moutons castrés, des chèvres, des boucs et des brebis meneuses pour la montée à l’estive.
Le terme « clarine » ou « clochette » s'applique aux cloches de bovin, faites en bronze ou en laiton de fonderie. Elles sont autrement plus lourdes.
Il existe en fait de très nombreuses appellations locales, en patois, pour nommer les cloches, les colliers et autres sonnailles : esquires, esquirrous, trucs, toupies, …
L’ensemble des visuels ici présentés proviennent du MEG de Genève.
Vous pourrez toutes les voir et les revoir à l’adresse suivante :
Vous rencontrerez cet objet à la fois sous le nom de corne à « huile de cade » et corne à « huile de genévrier ». Les deux appellations sont exactes car l’huile de cade est l’huile de genévrier, et vice versa ! Cette huile fut plus rarement nommée sous le nom d’huile « de gale », car l’huile de cade soignait cette maladie et en particulier sur les moutons.
Ce type de corne appartient à la grande famille des objets de bergers ou de pâtres. Grâce à elle, ils donnaient les premiers soins à leurs bêtes.
L'huile de cade officinale est un goudron liquide provenant du bois de Juniperus Oxycedrus, elle est obtenue par distillation sèche.
Cet arbuste, connu sous les noms de genévrier, cadier ou de cade, appartient à la famille des cupressacées et est très répandu sur tout le pourtour du bassin méditerranéen.
L'utilisation de l'huile de cade en thérapeutique vétérinaire semble remonter à la plus haute antiquité. L'huile de cade est utilisée pour traiter de nombreuses affections externes des bêtes.
Longtemps, elle fut le seul médicament employé par les Guardians.
*Pour en savoir plus sur l’huile de cade et le genévrier, reportez-vous à la fin de cet article.
Ce type de cornes fut principalement employé en Camargue et dans les Bouches-du-Rhône et de manière plus large, dans toutes les Alpes de Haute-Provence.
Quelques exemplaires analogues ont été trouvés dans les Pyrénées Orientales (où elles sont connues sous le nom de « banya per a l'oli ») et dans l’Hérault.
Comme son nom l’évoque, le contenant est en corne bovine naturelle.
Contrairement à la corne à jus de tabac lorraine, la corne à huile de cade s’emploie dans l’autre sens : la partie la plus large de la corne est le sommet, la pointe est en bas. L’huile s’écoulait donc par la partie la plus large de la corne, soit par un trou ménagé dans le couvercle métallique, (recouvrant la totalité de l’ouverture, fixé à l’aide de pointes en laiton sur le pourtour extérieur), soit par un petit bec verseur, taillé en forme de V dans la corne elle-même, situé juste en dessous du couvercle. Parfois, ce goulot est créé directement dans la feuille métal.
Généralement, on constate un autre orifice, au quart inférieur de la corne, bouché par un bouchon de liège ou une cheville de bois. Il se trouvant sur le côté de la corne et permet le remplissage de la corne.
Une courroie insérée dans une encoche permet la fixation et le transport de la corne.
Celle-ci se portait attachée à la ceinture, en bandoulière ou fixée au poignet. Elle faisait partie de son équipement portatif. C’est un de ces récipients typiques fabriqués par le Guardian lui-même : il exprimait dans cette auto-fabrication ses facultés de création artistique.
Il y a en effet un côté artistique à cette corne plus que pratique : le corps est presque toujours orné de décorations (de la plus simple et rudimentaire à la plus gracieuse et riche).
La gravure est toujours faite au couteau.
On y retrouve un registre de motifs décoratifs simples, inspirés de la nature et de la vie quotidienne de ces hommes. Ainsi, vous y verrez des fleurs au naturel, des feuillages, des bouquets, des roses, des rameaux croisés, des étoiles, des initiales, des représentations d’animaux tels que le poisson, la sirène, et parfois, le tout accompagné de dates et d’initiales ou de noms.
La représentation de la sirène est courante. Elles sont représentées associées à des bateaux, des navires et des monuments urbains. Pour les historiens, c’est le signe de l’intégration de la culture urbaine dans la culture rurale dans la Provence traditionnelle.
Quant à la représentation de la sirène avec une flèche dans sa main droite, c’est peut être une idée de séduction ?
La corne à huile de cade mesure entre 20 et 30 cm de long et environ 7 cm de diamètre.
L’âge d’or de ces cornes se situe autour des années 1820 - 1880.
*Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’huile de cade et le genévrier :
En France, le genévrier a longtemps fait figure de rareté botanique.
Il se localise seulement dans trois endroits, chacun limités en surface et en nombre de plants : en Haute-Corse, où le soliu (nom local) est connu depuis toujours des bergers dans les rares vallées où il se maintient (Asco, Niolu); dans les Alpes (Saint-Crépin, Mercantour, etc.), où les peuplements sont plus étendus mais non dégradés; dans les Pyrénées, dans un unique endroit jusqu'à maintenant répertorié (montagne de Rié en Haute-Garonne).
La principale utilisation traditionnelle du genévrier concerne la fabrication d'un type de goudron obtenu par distillation sèche de grandes quantités de bois et servant, comme l'huile de cade tirée du genévrier, en médecine vétérinaire (cicatrisant, antiseptique).
Tous les bergers utilisent, encore couramment, l'huile de cade et les vétérinaires y ont, parfois recours, après un échec des produits modernes.
Elle est toujours d'actualité dans le traitement de la gale du cheval, du mouton, de la chèvre, du porc et du chien.
Elle est aussi efficace pour les fissures des sabots des équidés ou le "crapaud" (polodermite végétante détruisant le plancher du sabot des équidés encore appelée piétin chez le mouton).
Elle est remarquable dans le traitement de la teigne, les eczémas et plaies atones.
L'huile de cade est un parasiticide puissant : une goutte appliquée à l'aide d'une paille sur la tête des tiques les tue et elles chutent dans les douze heures.
Elle est excellente pour raffermir les coussinets des pattes des chiens.
Certains bergers, ont, fortuitement, découvert qu'on pouvait lutter contre le météorisme d'un mouton glouton qui a absorbé trop d'herbe mouillée. Ils enduisent une cordelette, la font passer dans la bouche des moutons atteints afin que ceux-ci la mâchouillent, ainsi l'huile est obligatoirement avalée.
Un badigeonnage d'huile de cade peut faire cesser certaines nuisances : l’arrachage des plumes des volailles par elles-mêmes, l’attraction des chiennes en chaleur, l’éloignement des animaux indésirables...
L’huile de cade est simplement répulsive du fait de sa forte odeur.
Sources pour cet article:
- « Cornes de bovins à usage pharmaceutique utilisées par les bergers », Charles Bourgeois, in Revue d'histoire de la pharmacie, 62e année, N. 221, 1974. pp. 83-87
- « Arts populaires des pays de France », D. Glück et G. H. Rivière, Joël Cuénot éditeur, 1976, tome II
Autrefois, les bergers de transhumance utilisaient des cornes bovines évidées et rendues étanches pour transporter des produits à usage pharmaceutique, qu’ils employaient pour désinfecter et soigner les plaies des bêtes.
Le « jus de tabac » est une simple macération filtrée de feuilles et des débris de tabac dans de l’eau. D’ailleurs, fortement dosé, le jus de nicotine est une drogue puissante.
Le jus de tabac a des propriétés parasiticides et insecticides reconnues qui furent savamment utilisées par les bergers pour traiter leurs troupeaux d’ovins.
Il se dit d’ailleurs, qu’autrefois, les vieux bergers se contentaient, pour traiter la gale de leurs moutons, de gratter légèrement la région malade et d'y appliquer ensuite leur salive que l'habitude de chiquer avait suffisamment chargée en nicotine.
En Alsace, ce type de cornes portent le nom de « poire à jus de tabac » et j’ai aussi découvert qu’elles pouvaient s’appeler « corne à nicotine ».
Les cornes à jus de tabac sont de petits bijoux de l’Art Populaire français.
En effet, les corps des cornes ont été richement enjolivés de scènes animées et sur plusieurs registres. Leur iconographie est presque toujours en rapport avec la vie pastorale.
Ainsi, on retrouve, principalement et invariablement, un couple se tenant par la main, l’homme étant un berger (il est reconnaissable à la houlette posée à ses côtés) et la demoiselle est certainement sa fiancée. Non loin de l’homme, il y a un enclos où sont parqués ses moutons surveillés par son chien et est aussi représentée sa cabane de berger (type roulotte).
Sur le même niveau, on trouve presque toujours un calvaire, avec parfois une sentence religieuse, ainsi que d’autres scènes, qui peuvent aussi être présentes sur ce registre.
En effet, il peut se trouver une large variété de thèmes et motifs présents tels que des scènes historiques (épisode de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 : la signature du traité de Francfort, par exemple), d’autres sujets religieux comme la vision de Saint Hubert, rappelant le culte populaire du Saint très vénéré en Lorraine, mais aussi des motifs décoratifs comme des animaux, des rosaces, des décors floraux au naturel ou stylisés, des initiales, des inscriptions profanes, religieuses ou simplement des scènes du quotidien comme le berger tirant sur un loup !
Sur le registre inférieur, on retrouve presque toujours le panorama d’une ville qui se déroule sur le pourtour de la base.
Les décors sont gravés en taille d’épargne, c’est-à-dire que le dessin est en relief et comme tout joyau de l’art populaire français, la sculpture, souvent un peu gauche, confère à l’objet une subtile naïveté.
De rares cornes, plus travaillées, possèdent des incrustations en étain ousont ornées d’une collerette du même métal dans la partie supérieure.
Certains bouchons en bois sont incrustés de filets d'étain et de nombreuses cornes possèdent encore leur anneau de fixation sur le côté, car elles se portaient à la ceinture.
Le bouchon et l’anneau de suspension peuvent être réunis par une chaîne en fer, pour éviter la perte du bouchon.
Vous l’avez compris, les extrémités sont bien sur obturées : par un bouchon de bois taillé pour la partie la plus fine, celle par laquelle le berger extrait le jus de tabac et le fond (partie large de la corne) est clos par une rondelle de bois fixée à l’aide de clous de laiton visibles sur la partie extérieure de la base de la corne.
Autre information : une telle corne mesure entre 18 et 30 cm de long.
Les cornes à jus de tabac sculptées ont été principalement produites en Meurthe-et-Moselle et dans la Meuse, dont elles sont des objets typiques : en fait, la grande majorité des cornes à jus de tabac proviennent de bergerslorrains.
Il semblerait cependant que certaines soient alsaciennes. Il est tout à fait reconnu que ces deux régions proches de culture et de territoires ont échangées des savoirs et des techniques.
Cela étant, la coutume de conserver ce jus dans des cornes de bovins est tout de même assez limitée, géographiquement parlant.
Les cornes à jus de tabac, selon la connaissance actuelle, sont peu nombreuses et seuls quelques rares musées en possèdent : le Musée national des Arts et Traditions Populaires à Paris, le Musée Alsacien de Strasbourg et le Musée Historique Lorrain de Nancy. Le Musée Lorrain possède certainement la plus belle collection, par le nombre (7) et la diversité. D’ailleurs, c’est là qu’est la plus ancienne connue à ce jour : elle est datée de 1725.
En dehors de ces limites géographiques, il existe ailleurs des cornes à usage pharmaceutique, comme les cornes à « huile de cade » (objet du prochain article) ou les cornes à huile d’olive, certaines contenant poudre, pierres ou onguents médicinaux.
Le Muséon Arlaten, à Arles, possède une collection d'une vingtaine de cornes utilisées par les bergers, mais il n’y a aucune mention concernant leur origine.
Cependant les éléments du décor varient. On y voit des scènes de la vie pastorale comme dans les cornes originaires d'Alsace et de Lorraine, mais aussi des arbres, des cavaliers, des chiens chasseurs ou tout autre joueur de flûte. Mais il n’y a pas d'éléments religieux.
Les cornes identifiées comme étant du Sud de la France sont ornées de sujets marins. Ceci s'explique évidemment par la fascination exercée sur les hommes par la mer, toute proche.
L'ornement le plus caractéristique en est la sirène, (en provençal la « sereno »), être mythologique au corps de femme terminé en queue de poisson.
Pour les reconnaitre, voici donc un petit truc : dans l'Est, le personnage le plus caractéristique est leberger, appuyé sur sa houlette. Mais les symboles religieux sont, eux, encore plus caractéristiques de la provenance lorraine. On ne les trouve nul par ailleurs.
Que vaut une corne à jus de tabac ?
Le « cours » moyen de la corne à jus de tabac est de 450/ 500 € en ventes aux enchères, frais inclus, pour une corne du XIXème siècle avec un décor courant (berger et sa douce, les moutons, le chien, …)
Attention, c’est un objet rare, les prix peuvent donc s’envoler.
Sources pour cet article:
- « Cornes de bovins à usage pharmaceutique utilisées par les bergers », Charles Bourgeois, in Revue d'histoire de la pharmacie, 62e année, N. 221, 1974. pp. 83-87
- « Arts populaires des pays de France », D. Glück et G. H. Rivière, Joël Cuénot éditeur, 1976, tome II, p. 131 et 148.
Cette semaine, je vous présente un second outil de jardi : après l’émoussoir, voici l’émondoir.
Or, en navigant sur Internet, j’ai trouvé un excellent article à ce sujet, qui à mon avis, est le meilleur. Alors, j’ai contacté l’auteur, qui a gracieusement accepté que je le publie. Qu’il trouve ici mes sincères remerciements !
« L'émondoir, un outil de jardin délaissé
Le mot émondoir, étymologiquement, vient du verbe émonder par le latin « Emundare », signifiant nettoyer.
Dans le jargon du jardinier, l'émondage s'apparente à un élagage sommaire, consistant à supprimer le menu bois inutile et nuisible au bon développement des arbres fruitiers et d'ornement. Si la serpette et le sécateur suffisent à hauteur d'homme, les instruments employés pour les travaux aériens présentaient jadis des formes diverses. Souvent bordé de plusieurs parties tranchantes, propres à couper les branchettes sous différents angles, l'outil sert aussi à récolter ou éradiquer le gui dans les pommiers et autres essences que ce parasite affectionne. Le fer, variablement dimensionné de 10 à 20 cm de hauteur hors la douille et 5 à 15 cm de largeur, emmanché au bout d'une perche plus ou moins longue, se faufile aisément dans la ramure; on sectionne en poussant vers le haut, en tirant vers le bas, ou en frappant sur les côtés. Un crochet est quelquefois ajouté pour dégager et rabattre plus facilement les branchages émondés vers le sol.
Certains agronomes proscrivent néanmoins l'usage des taillants bas et latéraux pour la coupe du bois vert; l'écorce n'est que trop souvent déchirée et les plaies occasionnées par cette pratique sont propices au développement de maladies. De leur avis, le seul émondoir recommandable pour exécuter le retranchement des branches est le fermoir, pareil au ciseau à double biseau qu'emploient les menuisiers, et adapté à un manche muni d'une virole à son extrémité (exemple de fer ci-dessus, hauteur 20 cm, taillant 9,5 cm). Un extrait de La Maison Rustique du 19° siècle résume cette préférence: « Tous les émondoirs s'emploient comme le ciseau, en frappant sur le bout du manche, pour faire pénétrer le tranchant dans le bois. L'émondoir attaque les branches par-dessous, de sorte qu'il ne risque jamais de les faire éclater à leur point de jonction, ce qu'il est quelquefois très difficile d'éviter lorsqu'il faut frapper dessus avec la serpe ou le croissant ; en outre, il s'introduit facilement dans l'intérieur des têtes de pommiers ou d'autres arbres très touffus, ou il est difficile de faire agir la serpette, ou même le sécateur à longs manches.
Plus robuste que certains émondoirs propres au jardin, cet outil, quelquefois appelé « ébranchoir », servait également à l'entretien des arbres d'alignement du domaine public, et surtout à l'exploitation forestière. Dans ce secteur particulièrement, les émondeurs s'appliquaient à couper « rez-tronc » les gourmands et jeunes rameaux s'alimentant de la sève au détriment du fût. A terme, le résultat de cette opération fournit un bois d'oeuvre apprécié des menuisiers et charpentiers, rectiligne et dépourvu de noeuds. Jusqu'au 19° siècle il n'était pas rare que les travailleurs, embauchés localement, soient uniquement rétribués avec les déchets de la taille, les émondes; de quoi faire quelques fagots pour chauffer leur chaumière.
De même, les haies et les taillis étaient dégagés de toute végétation superflue. Après avoir laissé sécher tous les segments feuillus sur place, les paysans récupéraient un appréciable complément de fourrage pour leurs bêtes. Mais revenons au jardinage. Les émondoirs figurés ci-contre, dont certains étaient manufacturés, ne montrent qu'un petit aperçu des formes imaginables (1: à serpette, taillant haut et taillant oblique; 2: à serpette, taillant droit et crochet de dégagement; 3: à serpette et à crête taillante; 4: « émondoir-oiseau » àserpette et taillant haut; 5: carré à 4 faces taillantes). Quelques jardiniers trouvent même avantage à utiliser ces modèles pour ébourgeonner, émousser, crocheter les fruits, écheniller.
A moins que votre grand-père vous ait légué un des instruments décrits dans cette page, vous aurez malheureusement peine à les trouver dans le commerce. Mais où est donc passé le « serpier », taillandier d'antan spécialisé dans le façonnage des outils taillants ? Si le métier revient à la mode, dessinez donc un bel émondoir, et commandez-le lui. Votre outillage de jardin n'en sera que plus complet pour la toilette de vos arbres. »
Article écrit par F. DESCHAUME et publié avec son aimable autorisation
J’en profite pour vous communiquer l'adresse du site de l’auteur : www.vieuxoutilsdejardin.fr qui présente quelques outils de jardin anciens et diverses informations autour du sujet.
En suivant ce lien, vous pourrez télécharger le livre électronique de F. Deschaume (au format PDF), qui traite des outils de jardin.
Le coût de ce téléchargement est de 6.85 € http://outilsjardin.monsite-orange.fr/page7/index.html
Les photos numérotées ci-dessous de 1 à 5 sont elles aussi issues de l'article de F.Deschaume. Elles illustrent les propos ci-dessus.